Page d'histoire calédonienne

Il me plaît à imaginer, il y a un siècle et demi de cela, le départ de mes ancêtres pour cette terre lointaine qu'est la Nouvelle Calédonie.

C'est une histoire un peu romancée, mais basée sur des faits réels que vous pourrez découvrir au travers de la vie de deux familles, les LELEIZOUR et les MILLOT.

L'histoire de ces familles débute à Port de France (actuellement Nouméa) à l'époque ou tout était à faire pour rendre cette terre, du bout du monde, viable. Terre d'exil, maudite, pour les condamnés du bagne, terre d'espoir pour les colons, elle a vu couler de la sueur et du sang. Sueur et sang de nos ancêtres, toutes races et nationalités confondues, mais terre dont nous héritons et dont nous sommes fiers d'appartenir.

ADIEU MA BRETAGNE

Un petit matin, sur le pas de sa porte, une femme, ménagère de son métier, la larme à l'œil, le sourire pincé, embrasse pour la dernière fois ses fils partants pour une île qu'elle ne connaît pas. Le père, lieutenant en douane, fière de sa progéniture, leur accorde une dernière accolade.

Après maintes embrassades, nos deux jeunes embarquent au départ de Bretagne avec leurs maigres souvenirs et leurs gros paquetages, sur un voilier prêt à affronter les océans les plus tumultueux. C'est sur la corvette L'AVENTURE qu'ils vont traverser la moitié du globe dans des conditions que l'on n'ose guère imaginer.

Sont-ils réellement partis en même temps, là est la question, mais c'est là-bas dans cette jeune colonie d'outre mer qu'ils reposent.

Alexandre Louis LELEIZOUR est arrivé en nouvelle Calédonie vers l'âge de 21 ans. Arrivée tumultueuse dans la mesure où la corvette l'Aventure, sur laquelle il était, s'est échouée dans la nuit du 28 au 29 avril 1855 à l'île des pins.

Corvette l'Aventure Naufrage 1855

Théodore Louis Marie LELEIZOUR, patron du cotre consul de Gascogne, son frère a eu une fin tragique sur les quais de Nouméa où il fut tué par maladresse par une sentinelle lorsqu'il rentrait de nuit à son bord.

Revenons à Alexandre Louis Leleizour.

Né à Plouha (Côtes-du-Nord) le 22 février 1834, il arrive à Port de France en 1855 et s'installe rapidement dans la vie de la colonie.

Le 1er novembre 1857, par arrêté du gouverneur du Bouzet, une station de pilotes étant créée à l'île des Pins, Leleizour est nommé pour ce poste aspirant pilote : puis, pilote le 9 janvier 1860, époque à laquelle il est appelé à remplir à Nouméa, les fonctions de maître de port, en remplacement de Destum, décédé.

Il reçoit la médaille militaire en 1863.

Alexandre LE LEIZOUR était d'un caractère doux et calme; excellent marin, il avait acquis une grande renommée non seulement parmi les marins de Calédonie, mais aussi parmi la population de ce territoire. Ce caractère et son métier de marin lui font connaître la fille d'un premier maître de timonerie qu'il épouse, le 31 mai 1865 à Nouméa.

Marie Louise Sidonie Piard-Deshays arrivée deux ans auparavant sur l'île avec sa mère et sa sœur à bord de l'Aviso à roues "FLUTON" a donné le jour a plusieurs bambins quelques fois même en l'absence de son mari appelé à servir la colonie.

Marie Louise Sidonie Piard-Deshays

Mme Alexandre Leleizour

Aviso FULTON

Port de France 1865

De cette union, naquirent:

- Ernest, employé de commerce, Ferdinand, pilote du port, sans enfant , Henri, employé chez DE BECHADE, puis pointeur sur le quai 2 , une fille Emilie Marie (décédée à 1'age de 5 ans, étouffée par une perle), Alexandre Jules (décédé 15 jours après sa naissance), Alexandre Emile, un garçon mort/né alors que Alexandre était en mission

Le 1er septembre 1866, Alexandre est promu au grade de pilote major. En mars 1872, il est nommé capitaine du vapeur DEPECHE. Le Gouverneur le nomme "pilote de lère classe" le 1er janvier 1874.

C'est lui, en 1880, que l'on charge d'aller recueillir 50 hommes abandonnés sans ressource par une compagnie exploitant le guano aux îles Horn. Il accomplit sa mission, avec le Ringleader, malgré un cyclone. Et lorsqu'on sait de quoi est capable un cyclone sur terre, il est facile d'imaginer à quel point fut périlleux ce sauvetage. A son retour, à Nouméa, avec les rescapés, le gouverneur félicite vivement Alexandre LE LEIZOUR en soulignant ses qualités exceptionnelles et son courage exemplaire. Ce qui fit la fierté de la famille.

Fierté qui allait s'enorgueillir par d'autres hommages accordés à ce petit breton de source. En 1876, le commandant du navire de guerre LE CURIEUX donne le nom de Leleizour à une des îles avancées au Nord de la Calédonie. Ilot, certes peuplé d'oiseaux et de tortues, mais qui est témoin de son histoire.

Alexandre meurt à Nouméa le 17 avril I886. Une foule nombreuse est venue apporter un dernier hommage au marin bien aimé. Le lieutenant du port, ROBIQUET, consacre au "doyen des pilotes" et "au plus ancien marin de la Calédonie", un article élogieux publié par le journal LE MONITEUR du 21 avril I886.

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